Un soir chez ''Mamie''
Désolé, mais les photos ne sont pas foule pour cet article qui va essayer d'être intéressant pour une fois.
Il sagit de la suite de nos aventures autour de Taiwan. Pour resituer le contexte, nous sommes partis de Taipei pour arriver dans les hauteurs de Lishan, après avoir contourné le cap nord et traversé la ville d'Yilan. Notre étape du jour se situait dans un petit village appelé Bu Luo...

Nous avions atteint Bu Luo en toute fin d'après-midi. Le temps de localiser tant bien que mal la maison d'hôte où nous devions passer la nuit, celle-ci était déjà quasimment tombée.

Nicky nous avait réservé une nuit dans cette petite maisonnette tenue par une princesse aborigène que nous avons appelé " Mamie ". Nous avions trouvé cette adresse suite aux conseils de Lu Laoshi qui nous avait évoqué cet endroit qu'elle avait fréquenté du temps où elle enseignait encore sur "zhong heng", la route centrale de Taiwan.
Un petit lien vers Bu Luo ( ils ont internet ! )
http://www.sqoyaw.org.tw/theme_8.html
Le second lien vous donnera une idée de la culture aborigène Taya
Une fois les motos garées devant la maison, nous nous préparions à rentrer lorsqu'un homme d'un certain âge vint me parler. Visiblement surpris de voir des étrangers dans cette région, il souhaitait nous renseigner si besoin était ... En fait, il n'était autre que le fils de la gérante, qu'il s'empressa d'appeler, en nous faisant patienter dans la cour.
Quelle surprise en la voyant sortir !! Une femme déjà bien agée, mais pleine de vitalité, nous accueillit chaleureusement ... avec toutefois un sentiment de réserve. La chambre n'était pas prête, mais elle envoya son autre fils s'occuper de ce détail. En attendant, elle nous fit asseoir et commença à me poser diverses questions sur nos origines, nos ambitions, nos croyances ... Elle me parla aussi de Paris qu'elle avait visité une fois, il y a bien longtemps. Toutes ses filles semblaient avoir été mariées avec des étrangers ... elle ne les voyait donc que très rarement ...
Ce qui était bizarre à ce moment, c'est que bien que nous avions réservé la chambre, j'avais la nette impression de passer un interrogatoire-test. Peut-être n'était-elle pas trop rassurée ... car vraiment, les étrangers, du moins occidentaux, ne devaient pas courir les rues à Bu Luo. Finalement la chambre fut prête et nous pouvions enfin poser nos affaires. L'endroit était en fait un espace commun où se trouvaient plusieurs matelas posés à même le sol. Nous étions les seuls aujourd'hui, donc ... toute une grande chambre rien que pour nous !!! Cela dit, qui dit grand dit aussi plus long à chauffer... La nuit étant tombée, nous sortîmes prendre le diner chez Mamie.

La table était recouverte de plats de toutes sortes, légumes, viandes, soupes, poissons, riz et autres ... Ce soir-là, nous devions partager notre repas avec deux ... Péruviens ... non, je rigole !! c'était pas de Péruviens ... enfin je ne crois pas, ou alors ils m'ont menti !! Je dis ça, parce que c'est Loic qui m'a fait la réflexion à table, et c'est devenue une blague par la suite. En fait, nos deux amis d'un soir étaient deux aborigènes qui venaient de passer plusieurs mois à Bu Luo. Ils avaient rendu un grand nombre de service à la princesse Ta Ya Zhu - Mamie, et cette dernière les avait invité à manger avec nous. Mais c'est vrai que physiquement, nous aurions pu les prendre pour des péruviens. selon Loic... ehehe
Durant la conversation en mandarin, traduite en français pour Loic, nos deux compères, dont la ville d'origine était Yilan, m'avouait que leurs familles leur manquaient un peu, et qu'ils étaient contents de pouvoir enfin rentrer chez eux. Yilan n'étant pas si loin, nous nous demandions Loic et moi pourquoi ils n'étaient pas rentrés plus tôt, ou de temps à autre, rendre visite à leurs familles... ?! Du coup, on s'est dit qu'il était fort probable que Mamie les avait séquestré quelques années pour bosser gratos en échange de repas. ... bon je passe, personne ne va comprendre, et Mamie ne faisait que verser de l'alcool de riz dans nos verres " C'est au moins aussi bon que le thé, et en plus c'est moi qui l'ai fait ! ".
Mamie parle plusieurs langues, mais l'on sent que sa langue de prédilection est le japonais, qu'elle a sans aucun doute appris sous la domination de l'empire nippon. D'ailleurs, il ne reste pas que des traces de la langue ici, Mamie semble en avoir été imprégnée ... au point de faire son service à la manière traditionnelle des Japonais, à genou ... Impressionnant, voire même un peu génant.
Alors que nous essayons en vain de nous esquiver pour retourner à notre chambre, Mamie nous fit installer devant la télé dans son salon et s'eclipsa pour aller ... je ne sais où. Pendant ce temps, avec un thé dans une main et une pomme dans l'autre, nous cherchions tant bien que mal à nous évader de ce lieu peu commun.
Je fais un petit apparté sur l'influence de la culture japonaise à Taiwan. Effectivement, après le départ précipité des Japonais fin 1945, les Taiwanais sont restés sans réelle organisation gouvernementale, et ceci durant une période de quelques mois. Sous l'occupation nippone, la langue officielle, on peut se le douter, n'était pas le mandarin, mais bien le japonais. Durant une cinquantaine d'années, les Taiwanais ont appris ou ont du se mettre au japonais. Les anciennes générations, comme Mamie donc, le pratiquent encore aujourd'hui. J'ajoute que cela fut une tare pour les 3 groupes éthniques résidants sur l'ile à l'arrivée des troupes de Chine continentale. En installant Chen Yi comme gouverneur de la province de Taiwan, et une armée de mercenaires pour la contrôler, les ennuis ne faisaient que commencer ... La langue officielle devenait ensuite le mandarin sous Jiang Jie Shi. Ce dernier débarquant avec son armée, imposait son gouvernement aux peuples de Taiwan. On peut l'imaginer, ceux-ci ne parlant pas le mandarin ont éprouvé des difficultés ... et surtout se sont retrouvés mis au bas de la société, ne pouvant réussir aux concours, pour la totalité en ... mandarin.

Bref ... après avoir rejoint notre chambre, Loic partit pour une douche, avec une démonstration de Mamie qui, peut-être, avait peur que nous ne sachions pas utiliser la douchette.
Propres et nets, il était temps de dormir, car la journée avait été longue. Les étoiles illuminaient un ciel vraiment noir comme de l'encre. De l'autre côté du village, des habitants s'adonnaient à leur sport local favori : le karaoké.
Ils ont chanté jusque très tard ... et comble de tout, une chatte avait élu domicile en dessous de notre fenêtre et de plus, semblait être dans sa "bonne" période ...
Il ne faisait non plus pas très chaud, mais je dois dire ... j'ai assez bien dormi.